Petites Rencontres avec le Diable : 2 – Le Kamikaze

Photographie de Cosimo Mirco Magliocca

– Je suis ou ?

– Devine.

– Je sais pas. je suis mort ?

– Qu’est ce qui te fais croire que tu es mort ?

– Ben la bombe tout ça…

– Tout ça quoi ?

– Putain mais t’es qui ?

– C’est moi qui pose les questions. ok ?

– AAahhhhh !!!! merde ça brule, c’est quoi cette connerie ?

– Quoi ?

– Le truc qui m’a brulé le dos ?

– Ce n’est rien.

– Comment ça c’est rien …. d’abord détache moi de cette chaise connard, et viens sors de l’ombre, t’as peur ou quoi ? vas-y montre toi…

– tu n’es pas attaché.

– Hein ?

– Regarde par toi meme !

– ben merde alors, mais je peux pas me lever, c’est comme si j’étais collé sur ma chaise. Mais c’est quoi ce bordel ?

– De quoi tu te rappelles ? Avant d’être ici… de quoi tu te rappelles ?

– euh attends,…. ben c’est flou, …. je sais pas je…

– Réfléchis.

– J’EN SAIS RIEN TU M’EMMERDES AVEC TES QUESTIONS PUTAIN !!!!

– Calme toi. Ou Je te brule de nouveau.

– Ah c’est toi qui m’a brulé alors… putain ma parole je vais te niquer ta mère sale batard…

– J’en doute.

– …

– tu vois… c’est mieux quand je t’empêche de parler. Bon alors….. on va reprendre tranquillement. de toutes façons tu as le temps…. maintenant que tu es mort…. haaaa je vois que tu me regardes de tes petits yeux écarquillés… qu’est ce qu’il y a ? tu ne me crois pas..

– Mais… c’est vrai je suis mort ?

– oui.

– Et là ….je suis….

– En Enfer.

– Putaiiiin….

– Ah non. pas de putain ici. Pas de vierge, pas de nuages, pas de flammes, pas de cris, … rien de tout ça.

– T’es qui ?

– Je crois que tu le sais déjà.

– Tu crois que tu me fais peur ?

– oui. Je sais que tu as peur. je le sens. Tu pues la peur. Et la mort.

– Ouais c’est ça, t’as raison, vas y montre toi et je te défonce ….

– je ne suis pas caché. Je suis là. Je suis toujours là. j’étais là quand tu t’es fait explosé devant ce magasin. J’étais là quand ton corps a explosé en milliers de petits morceaux. J’étais là. Et maintenant aussi je suis là. et je serai là encore après….

– Apres quoi ?

– Apres ta mort.

– …

– Et oui pauvre petit kamikaze de merde, tu croyais quoi ? tu croyais que tu pouvais te foutre une ceinture d’explosifs autour de la taille et de te faire exploser en tuant une dizaine de personnes pour finir par errer dans les limbes ? ben non. c’est pas ça l’enfer.

– c’est quoi alors ?

– L’enfer…. c’est ce que tu vas vivre. Maintenant. et pour une éternité. Quand tu es mort, quand tu t’es fait sauter comme un con, tu n’as quasi rien senti. Pourtant, pendant une fraction de secondes, pendant un instant si frêle, là,  entre la vie et la mort, tu as senti ta peau bruler, tes entrailles jaillir de ton corps, tes yeux éclater, ton sang bouillir, tes veines se déchirer, ta moelle épinière se rompre, tes poumons se dessécher…. tu as senti tout ça. Tu te rappelles de ça ?

-… je….

–  oui…. tu t’en rappelles. Imagine que cette douleur là, un corps qui se déchiquète, qui brule, qui se consume, imagine…. que cette douleur ne soit pas ressentie pendant une fraction de seconde mais pendant une éternité. Que tu sentes toute la violence de ce geste, ainsi que la souffrance des victimes qui vient s’ajouter a la tienne, pendant une éternité.

– Mais c’est pas possible…

– Oh que si, c’est possible. C’est ça l’Enfer. Ton Enfer. Celui que tu t’es construit. Tu vas sentir cette douleur pendant une minute entière. Puis , pendant 10 secondes, 10 interminables secondes, tu ne sentiras rien. Et ensuite pendant Deux minutes entières, tu ressentiras cette douleur. Et pendant 10 secondes, plus rien,…. et après…. pendant 3 minutes, tu souffriras comme jamais….. attendant tes pauvres 10 secondes de répit. Et plus le temps passera, plus tu attendras tes 10 secondes de délivrance, mais ces 10 secondes, tu les maudiras , car tu sauras au bout de 7,8,9…que la douleur va recommencer pour une minute de plus qu’avant… et ça ne s’arrêtera jamais.

– T’es un sale….

– Tais toi… Tu me fatigues… je vais te faire mal maintenant. Ton calvaire va commencer. Et pour couronner le tout, tu ne pourras même pas crier. Ta douleur restera à l’intérieur de toi. Pour toujours. Tu as une derniere chose à dire ?

– Oui. Est ce que j’…..

– Non finalement je m’en fous. Souffre.

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